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    <title><![CDATA[Le blog de Tichapo (chroniques de Quisqueya)]]></title>
    <link>http://www.avel-blog.com/categorie-10736910.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;chroniques de Quisqueya&quot; du blog &quot;Le blog de Tichapo&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
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        <title><![CDATA[Le blog de Tichapo (chroniques de Quisqueya)]]></title>
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    <pubDate>Wed, 28 Dec 2011 10:40:13 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Wed, 28 Dec 2011 10:40:13 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.avel-blog.com</copyright>            <category>chroniques de Quisqueya</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Du salon de coiffure aux salons littéraires]]></title>
        <link>http://www.avel-blog.com/article-moi-et-mon-cheveu-bibish-mumbu-du-salon-de-coiffure-aux-salons-litteraires-49246729.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp; Je viens de lire sur le site Africultures une nouvelle qui a remporté le prix Mark Twain organisé par l'ambassade US à Kinshasa (RDC). L'auteure s'appelle
    Bibish Marie-Louise Mumbu, et la nouvelle s'intitule <em>Moi et mon cheveu</em>. Une femme, plaquée il y a de cela plusieurs mois au profit d'une plus jeune, au motif officiel que son gars et
    elle ne sont pas de la même tribu, tient sa vengeance, et cette dernière tient à un cheveu, ou plutôt à une coiffure, une nouvelle coiffure à laquelle la narratrice confère toute son attention et
    tous ses espoirs. Une bonne partie de la nouvelle nous livre donc l'ambiance qui règne dans un salon de coiffure pour dames, un temple des tresses, greffes et autres rajouts, où les rivalités
    vont bon train. Un régal dont je vais livrer ici un extrait (la nouvelle est en lecture libre sur le site Africultures), et qui me confirme dans mon goût pour les récits qui s'inscrivent dans ce
    genre d'ambiance quotidiennes et publiques (les transports en commun, ici le salon de coiffure, pourquoi pas les marchés, les fêtes, les cérémonies religieuses en tous genres). Je suis sûr que
    malgré les différences culturelles, des lectrices haïtiennes pourront se reconnaître dans plusieurs aspects de ce récit. Mais voyez plutôt:</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <em><br></em>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <em><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bref. Je sors donc de mes rastas. J'ai été chez Bégonias pour me faire faire les soins dimanche dernier, j'ai passé 5h au
    salon&nbsp;! Fort heureusement pour moi, c'était un dimanche. Y a moins de monde. Et aujourd'hui, je suis ici. Africa Rasta fait plus office de salon de tresses que de salon de coiffure. Ses
    clientes&nbsp;? Elles viennent de partout et trouvent tout sur place. Alors bonjour les conversations&nbsp;!<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Celles que je préfère, moi, en termes d'histoires, c'est les conversations visuelles.<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La 1,80 mètres assise là, avec ses lunettes de star et son pantalon taille basse, est la cliente qui a appelé il y a quinze minutes. Elle vient des States. Venue
    pour les vacances, on lui a parlé de l'endroit. Pas la boite de nuit au centre-ville qui s'appelle l'Endroit, non, je parle du salon de coiffure. Elle a trop chaud, elle veut une bouteille d'eau
    minérale "Canadian pure" et pas de l'eau pure en sachet surtout, elle insiste. Elle le dit au gamin qu'elle envoie dans un lingala approximatif, un peu francisé et dans un ton américanisé. "Eau
    minérale hein, kozua eau pure té stp&nbsp;!" Elle ne voudrait sûrement pas ramener des maladies congolaises au pays de l'oncle Sam… Je souris discrètement dans mon coin, perchée sur mon tabouret
    et entre les mains expertes de ma coiffeuse, elle me fait un tissage.<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La petite mince dans son boubou, elle, habite juste à côté on dirait. C'est elle qui est passée tout à l'heure en voiture avec ce type qui l'a descendue, petite
    jupe et talons, de sa grosse Jeep vert olive. Un gars de l'armée, qui sait&nbsp;? Là, elle vient de se changer… Elle toise la "Statoise", et siffle, elle, le petit vendeur d'eau pure. "Mibale,
    petit, moyi eleki&nbsp;! Deux sachets, petit, le soleil tape fort&nbsp;!"<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et vite, sans stade ni arbitres, se profile à l'horizon deux camps et commence alors un duel sans raison dans ce salon de coiffure. Un délicieux match, dis
    donc.<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les "Bana mboka", enfants du pays, contre les "Diaspora", ceux qui se sont exilés.<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eau pure en sachet contre Eau minérale en bouteille. Saison des pluies contre Hiver. Resté contre Parti. À pied contre En voiture. Boubou contre Pantalon taille
    basse. Un truc sans tête ni queue quoi&nbsp;! Bon, installée sur mon tabouret, laissant faire ma coiffeuse, je suis prête à suivre la partie.</span></em>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp; Evidemment, j'invite celles et ceux que la curiosité aurait piqués à se rendre là : <a href=
    "http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&amp;no=9008">Moi et mon cheveu</a> pour suivre le match, ou plutôt les matchs qui s'engagent dans ce récit.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;&nbsp; <span style="font-size: 12pt;">Il m'est arrivé d'imaginer un concours de nouvelles prenant comme thème les transports publics, mais il me semble également que le salon de beauté
    pourrait constituer un cadre propice à de nombreux récits fort révélateurs sur les sociétés. Avis aux amateurs, il existe d'autres chemins à défricher à travers les forêts de cheveux féminins,
    d'autres routes à emprunter des salons de coiffure aux salons littéraires.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="margin-left: -0.5cm; margin-right: -0.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%;">
    <span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span style="font-size: 12pt;"><em><br></em></span></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>

  
  
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        <pubDate>Sun, 25 Apr 2010 18:19:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">d3c71234f9484f09b58c1ba80dbbce75</guid>
                <category>chroniques de Quisqueya</category>        <comments>http://www.avel-blog.com/article-moi-et-mon-cheveu-bibish-mumbu-du-salon-de-coiffure-aux-salons-litteraires-49246729-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le monde a besoin d'Haïti]]></title>
        <link>http://www.avel-blog.com/article-le-monde-a-besoin-d-haiti-45160565.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp; Risquons une provocation : le monde est victime depuis quelques siècles d'une catastrophe spirituelle, les grands monothéismes, d'un séisme
    déshumanisant (le pan-économisme, la chosification de l'univers, de l'Autre), et il a besoin d'Haïti pour reconstruire un mode d'être-au-monde non plus illusoire et mortifère, mais authentique
    (aussi galvaudé que soit ce mot aujourd'hui, très prisé par la publicité), en sympathie avec la vie dans toutes ses dimensions, et bien sûr créateur.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">C'est ce que j'aimerais exprimer en des termes plus convaincants, c'est ce que montre magistralement Wilson Décembre dans le livre qu'il vient de publier aux
    éditions L'Harmattan : <em><br></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em>&nbsp;&nbsp; <a href="http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=29826">Vitalité et Spiritualité: Apologie du
    rapport-au-monde afro-haïtien</a></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Wilson Décembre enseigne la philosophie. Il est admirateur de Nietzsche, grand amateur de jazz et fin connaisseur de la culture haïtienne, et
    c'est en philosophe qu'il tisse des liens entre tous ses centres d'intérêt, pour révéler en quoi Haïti est riche, riche d'un trésor que le monde aurait tout intérêt à partager.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Présenté ainsi, l'ouvrage a de quoi intriguer. Tant mieux. J'ai eu la chance d'être collègue de Wilson Décembre quelques années, et de l'entendre
    faire cours à ses élèves de Terminale. Il passait du créole au français, des hauteurs conceptuelles à l'anecdote jouée, le tout avec une force de conviction toute théâtrale. Un enseignement à
    l'image de son attachement aux notions de jeu et d'art, qu'il considère comme les meilleurs remèdes aux maux du monde moderne.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; J'oublie l'essentiel, volontairement, ce qui dans la culture haïtienne constitue la plus grande originalité, la plus grande expression de
    spiritualité, la plus pure communion avec la vie (celle d'ici-bas, liée à la terre, corps et esprit réunis), le plus grand ferment de créativité. Mais convoquer cette substantifique moëlle, c'est
    risquer de déchaîner un ouragan de clichés, de l'obscurantisme aux fantasmes d'occidentaux en mal de fantastique.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Evidemment, il s'agit du vodou.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'auteur ne cherche pas à voiler la sorcellerie à laquelle beaucoup, et notamment certains Haïtiens, veulent le réduire, ni la schizophrénie de
    ces derniers ou le risque de déconnexion du réel. Peu amateur de surnaturel, il plonge cependant au cœur de l'esprit&nbsp; du vodou,&nbsp; s'attachant surtout à ses symboles (car il ne s'agit
    évidemment pas d'une entreprise de prosélytisme), l'éclairant de références à l'Afrique et à Dionysos, et montre ce qu'il recèle de ressources spirituelles.&nbsp;</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me répète, et, ne pouvant me risquer, faute de posséder le vocabulaire, les notions ou les références adéquates, à un commentaire dépassant
    vraiment la simple présentation, je me bornerai à ajouter qu'à la lumière de la puissance fécondatrice du vodou, <em>Vitalité et Spiritualité</em> permet également de découvrir la peinture, la
    musique (un grand hommage est rendu au tambour), la danse, et dans une moindre mesure la littérature haïtiennes, ainsi que l'histoire de ces arts. L'auteur donne ainsi une série de noms et de
    références qui peuvent aiguiller ceux qui, lassés des groupes de compas love façon T-Vice, veulent aller plus avant sur le chemin de la culture haïtienne.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'ouvrage de Wilson Décembre est disponible (voir le lien plus haut) en version papier, mais aussi en ebook (PDF) sur le site de L'Harmattan. Il
    est malaisé de choisir un extrait qui puisse être à la fois bref et significatif, et qui ne coupe pas le déroulement de la pensée de l'auteur. Pour encourager à le découvrir, je vous propose un
    article signé de lui sur le site <em>Tanbou</em> :</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em><a href="http://www.tanbou.com/2006/summer/CriseDansLaCivilisation.htm">Crise dans la Civilisation: et si nous repensions notre rapport au
    monde?</a></em></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonne lecture.</span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">P.S. Ceux qui connaissent l'auteur ne s'étonneront, avec moi, que d'une chose : qu'il ne soit pas parvenu à glisser de plus fréquentes références à son groupe
    favori, Magnum Band. Dans un prochain ouvrage, peut-être...</span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;">
    &nbsp;
  </p>

  
  
  
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        --&gt;
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        <pubDate>Wed, 17 Feb 2010 22:19:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">0078cbbafe193790c39d806384107cca</guid>
                <category>chroniques de Quisqueya</category>        <comments>http://www.avel-blog.com/article-le-monde-a-besoin-d-haiti-45160565-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Si l tonbe l a leve]]></title>
        <link>http://www.avel-blog.com/article-si-l-tonbe-l-a-leve-43483261.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: 12pt;">Cela fait longtemps que j'ai le projet de nouvelles pages et que je ne m'y mets pas. Le
    tremblement de terre qui a ravagé Haïti m'a davantage ankylosé tout en me confortant dans l'idée qu'il n'y avait, sur ce modeste blog, rien d'autre à faire que de continuer, tout absurdes que
    puissent paraître des pages littéraires devant les besoins urgents de la population haïtienne: eau, nourriture, toit... Continuer donc, ne serait-ce que pour rappeler qu'Haïti, ce n'est pas que
    cela, une catastrophe récurrente, presque permanente, comme les médias le rappellent à l'envi ("une catastrophe qui dépasse l'entendement dans un des pays les plus pauvres du monde"). Haïti a
    besoin d'aide, de recevoir (loin de moi l'idée de décourager les dons), mais Haïti a aussi à donner, même aujourd'hui, et j'invite tous ceux qui se penchent sur le malheur à ne pas en retirer que
    la satisfaction de la conscience, mais à s'y intéresser de plus près, et à s'y enrichir de la seule façon qui vaille, pour transformer un tant soit peu la charité en échange.<br>
    &nbsp;&nbsp; Voilà de belles phrases, avec lesquelles ce que je vais proposer ici semblera peut-être un peu en contradiction. En effet, ces derniers jours me sont revenues en tête deux chansons
    dont je me suis rendu compte qu'elles auraient dû figurer dans les pages sur le chaos et l'espoir, deux chansons de l'artiste haïtienne Toto Bissainthe, disparue aujourd'hui, dont les textes
    marquent cette oscillation permanente entre désespoir et espoir, ce mouvement qui fait toucher le fond pour s'y appuyer et rebondir. L'une d'elles, la plus connue, chante le deuil d'Haïti, "dèy"
    en créole. La voici sur You Tube : <a href="http://www.youtube.com/watch?v=U1DcPdMZs9s#">dèy</a><br>
    &nbsp;&nbsp; En voici aussi le texte, en créole puis en français:<br>
    <em><br></em></span></span>
  </div>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Dèy-o m ap rele dèy-o</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Dèy-o m ap chante dèy-o</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti cheri men pitit-ou mouri</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Men l</span><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">ò</span><span style=
    "font-family: arial,helvetica,sans-serif;">t yo toutouni</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Sa ka p</span><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">òte dèy-la pou wou
    woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti Tonma</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Men san-w lan dyaspora</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Men peyi-a ap kaba</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Sa ka pòte dèy-la pou wou woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti je fèmen</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti desonnen</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti detounen</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Sa ka pòte dèy-la pou wou</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Ayiti m rele w</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">M rele w pou wou rele m</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Fok ou rele tout san-w</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Fok peyi-a sanble</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Woy woy pou konbit-la</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Traduction (avec quelques variantes, incertitude oblige, ne pas hésiter à me corriger si
    nécessaire):</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><br></span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Deuil, je crie le deuil d'Haïti</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Deuil, je chante le deuil d'Haïti</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti chérie, voici que tes enfants sont morts</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Voici que les autres sont tout nus</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Qui va porter le deuil pour toi?</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti, ton sang est en diaspora (à l'étranger)</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Voici que le pays agonise</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Qui va porter le deuil pour toi?</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti aux yeux fermés</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti étourdie</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti detournée (zombifiée? Aliénée?)</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Qui va porter le deuil pour toi?</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Haïti, je t'appelle</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Je t'appelle pour que tu m'appelles</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Il faut que tu appelles (rassemble?) tout ton sang</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><em>Il faut que le pays se rassemble pour le coumbite</em> (rassemblement de paysans pour un travail
    collectif)</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">&nbsp;&nbsp; La seconde chanson reprend les mêmes thèmes, le constat du chaos, puis un appel à l'espoir,
    cette fois-ci formulé par les ancêtres, ceux qui ont lutté pour la liberté d'Haïti. Un appel à la réaction, au travail, à se ceinturer les reins pour se raidir le corps, prêt à l'effort. Et puis
    cette phrase: "Souviens-toi de ce que fut Haïti; c'est la mère de la liberté, si elle tombe, elle se relèvera." Cela montre à quel point ce mouvement de balancier, qui permet de réagir face à la
    catastrophe mais qui inscrit également celle-ci dans la normalité haïtienne, imprègne les mentalités.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">&nbsp;&nbsp; La chanson s'intitule "Rasanbleman". Je ne sais pas si elle est téléchargeable quelque part.
    Elle figure en tout cas avec la première sur un album intitulé "Toto Bissainthe chante Haïti" (Arion, 1989). Voici le texte:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><br></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">M pral fè on rasanbleman</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Pou m konnen sa k rive peyi mwen, anye-woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Adye vye frè m yo nou tonbe nan on deblozay</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Nan on tèt chaje ki mare ki makonnen</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Paw</span> <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">òl sila tro f</span> <span style=
    "font-family: arial,helvetica,sans-serif;">ò pou mwen woy, anye-woy</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Nan mache nan nuit sa la mwen wè yo</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Nan mache nan nuit sa la m reve yo</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Nan mache nan nuit sa la tout vye nèg maron rele m yo di mwen</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Pa criye ti manman pa criye</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Sonje tè Dayiti sa l te ye</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Se manman libète</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><em><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Si l tonbe l'a leve</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">&nbsp;&nbsp; Je recommande aussi l'album Coda, enregistrement d'un concert donné au New Morning, sur lequel
    figurent entre autres "Ayiti, m pa renmen w ank</span> <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">ò" ("Haïti, je ne t'aime plus"), ou encore "Supermarket" et "Dèy".</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">&nbsp;&nbsp; J'ai donc fait ce que je craignais un peu, c'est-à-dire présenter des oeuvres de circonstance
    qui vont certes révéler le talent artistique que recèle le pays mais confirment également dans une certaine mesure les images qui s'imposent aujourd'hui. Il faut donc que je me dépêche de
    présenter autre chose de totalement indécent: de la joie et du rire.<br></span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p></p>
  <p></p>

  
  
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        <pubDate>Sat, 23 Jan 2010 12:56:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">92aa8a430b6dd3672382d623944b2a40</guid>
                <category>chroniques de Quisqueya</category>        <comments>http://www.avel-blog.com/article-si-l-tonbe-l-a-leve-43483261-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Un Morceau de Diamant]]></title>
        <link>http://www.avel-blog.com/article-29867986.html</link>        <description><![CDATA[<span style="font-family: times new roman,times;"><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span></span> <span style="font-size: 14pt;"><span style=
  "font-family: times new roman,times;">Cette anecdote est arrivée il y a environ 8 ans. J'ai tout de suite su qu'il fallait en faire quelque chose, mais étant plus enclin à la fiction qu'au
  témoignage, et ne sachant pas vraiment à quoi l'intégrer, j'ai laissé passer le temps sans pour autant abandonner le projet. J'aurais dû au moins prendre des notes immédiatement après, je ne l'ai
  pas fait, et beaucoup de détails se sont perdus dans les abysses de ma mémoire. L'urgence est donc de sauver du naufrage ce qui peut encore l'être, et ce blog m'en offre la
  possibilité.</span></span>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; C'était à Port-au-Prince, capitale d'Haïti, à la rue Pavée. Au-dessus du Boulevard Dessalines, je ne
    sais plus exactement à quel carrefour, là où les divers bus et tap taps commençaient leur parcours vers Pétionville. J'étais monté dans un bus Hyundai, un peu plus confortable que la moyenne même
    si nous étions comme dans tous les autres transports publics serrés façon sardines. Où me rendais-je? C'est sans grande importance dans notre histoire, même si ça le fut bien davantage dans la
    mienne. Reprenons. Nous sommes donc dans notre bus parti aussitôt que plein, la remontée de la rue Pavée se fait à une vitesse honnête, mais ça se gâte dès le début de l'avenue John Brown (cet
    abolitionniste illuminé pouvait-il recevoir meilleur hommage, nonobstant les fatras et les gaz, que le don de son nom à une avenue de Port-au-Prince?). En français de France:
    «&nbsp;embouteillages&nbsp;»; en créole comme en français d'Haïti: «&nbsp;blocus&nbsp;». Le voyage va durer. Je ne suis pas pressé et je sais profiter de ce genre de moments, même si je vais
    suer.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp; Quand est-il arrivé? Je ne sais plus exactement. Assez tôt c'est sûr, d'autant qu'il ne montait pas jusqu'à
    Pétionville. Sans doute est-il monté dans la zone du ministère des Affaires Etrangères, un peu avant peut-être. D'âge mûr, fin, en veste par cette chaleur (je cherche à me remémorer, en vain,
    s'il était allé jusqu'à la cravate), il s'est posté près du chauffeur, debout, tourné vers les passagers, il s'est présenté comme professeur, a dit son nom que j'ai malheureusement oublié, et il
    a commencé à faire l'article pour un cahier sans doute imprimé et relié par ses soins, dont il portait plusieurs exemplaires sur lui, et qu'il avait intitulé <em>Un Morceau de diamant</em>.
    L'homme parlait et présentait son ouvrage avec aisance, en français, et pour cause: il s'agissait d'une sorte de compilation de règles subtiles devant amener à une pratique parfaite du français.
    Il a su flatter l'orgueil national en évoquant des intellectuels haïtiens qui parlaient et écrivaient le français mieux que n'importe quel habitant du pays hexagonal. Il en a cité, au moins un,
    mais je ne saurais dire lequel. Disons Pradel Pompilus, qui était mort un an avant et méritait sans doute cet hommage. Et moi, vraisemblablement le seul Français de ce bus, étais-je piqué dans ma
    fierté de descendant abâtardi de Vercingétorix? Je ne suis pas à l'abri des vanités, mais ce qui éveillait en moi, à ce moment, une pointe d'agacement en plus de l'amusement et de la curiosité,
    c'était ce que je pouvais pressentir de sa conception de la langue française. Il n'a pas tardé à confirmer mes craintes. Dans ce bus bondé et bloqué en plein cagnard au milieu d'une ville
    fourmilière, devant un public qui ne faisait plus un bruit, il a fait une leçon sur l'expression du futur, expliquant que si celui-ci était proche et/ou certain, il se mettait au présent.
    Exemple? Mais bien sûr, c'était un homme à illustrer ses propos. On ne doit donc pas dire: <em>J'irai en France le mois prochain</em>, mais: <em>Je vais en France le mois prochain</em>. Ouah!
    Parmi toutes les règles, c'est-à-dire les diktats, les interdictions, les exceptions, que l'on m'a inculquées et que, les dieux de la syntaxe et de la morphologie m'en soient témoins, je
    m'efforçais de respecter comme des dogmes sacro-saints, je ne me souviens pas qu'on m'ait jamais présenté cet usage comme un impératif. Imaginez qu'un jour, au temps de l'école, j'ai jeté un
    oeil, suprême transgression, sur un BLED... pour adultes! Pas d'affolement, la leçon sur l'accord du participe passé, dont notre éminent professeur connaissait (et connaît toujours j'espère,
    longue vie à lui!) certainement jusqu'à la plus subtile réglicule, n'était pas illustrée par de gaulois exemples du type:</span></span> <span style="font-size: 14pt;"><span style=
    "font-family: times new roman,times;">On doit écrire: «&nbsp;Elle s'est vue lécher son corps&nbsp;» parce que le pronom est le COD du verbe conjugué, mais on écrit:&nbsp;«&nbsp;Elle s'est vu
    lécher le corps&nbsp;», parce que l'infinitif est le COD du verbe conjugué, et le pronom celui de l'infinitif</span></span><span style="font-size: 14pt;"><span style=
    "font-family: times new roman,times;">. Non, rien de tout ça, il ne s'agissait pour moi que de dénicher des préceptes broutilleux du bien s'exprimer, tels que celui-ci: On n'écrit pas:
    «&nbsp;tant qu'à faire&nbsp;» mais «&nbsp;quant à faire&nbsp;». Sachez que je l'appliquai aussitôt et que, suivant une manie que je n'ai malheureusement pas totalement perdue, je me suis mis à
    corriger les ignorants qui donnaient encore dans le «&nbsp;tant qu'à faire&nbsp;». Répétons donc tous ensemble, avec moi et notre professeur diamantaire:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; On ne dit ni n'écrit: «&nbsp;La semaine prochaine j'irai en France et, tant qu'à faire, je
    visiterai le Futuroscope et le musée de Beaubourg&nbsp;»,</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; mais: «&nbsp;La semaine prochaine je vais en France et, quant à faire, je visiterai le château de
    Versailles et le musée Grévin.&nbsp;»</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; J'avais comme des fourmis, non à cause de l'engourdissement de mes jambes trop coincées, mais plutôt
    des fourmis sur la langue, une envie d'intervenir et de lui dire que celle-ci évolue, s'enrichit, abandonne, en un mot vit, qu'elle fait la grammaire et non l'inverse. Evidemment je n'ai rien
    dit, je serais passé pour le Français prétentieux qui ne souffre pas, après s'être fait chasser avant 1804, de s'en faire de surcroît remontrer sur sa propre langue par un descendant de
    Macandal.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; Ite missa est</em>, et c'est une messe de requiem pour la langue française que cet homme achevait
    en la faisant entrer au Panthéon des langues, auprès du grec et du latin. <em>Entre ici</em>...</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Mais ce n'est pas tout. Le bonhomme, fin à tous points de vue, par je ne sais plus quel chemin (que
    n'ai-je noté!!!) en est venu à l'affirmation que la vertu est amère alors que le péché est sucré. Il dérivait vers les jeunes femmes et leur coquetterie, leur maquillage. Le propos aurait pu
    paraître moralisateur, mais le vieux charmeur y prenait trop de plaisir, et pas celui des annonceurs de fin du monde qui bandent sous la Bible. Et surtout, pour évoquer la beauté, les manières
    des savoureuses pécheresses et du regard qu'on porte sur elles, il est passé au créole, car il ne s'agissait plus de parler comme un livre, mais bien de dire la rue et la vie. Il a ravi
    l'auditoire par des ribambelles de mots et expressions connus de tous (j'en ai personnellement entendu pour la première fois. Que n'ai-je...) mais qui ne s'autorisaient pas à franchir la barrière
    de toutes les dents, <em>mazora</em> mis à part. Il y avait quelque chose de Frankétienne dans cette verve. L'habile camelot, après l'orgueil de damer le pion aux Grévisse et autres sectateurs du
    bon usage de la langue française, donnait à ses compatriotes la fierté de posséder une langue riche, généreuse, inépuisable. J'avais envie de lui dire que ma langue n'était pas que celle de
    Vaugelas, mais aussi celle de Rabelais et de Vian, qu'elle connaissait le plaisir et l'irrespect, que les Haïtiens, au lieu de s'en faire les gardiens, devaient en être de vrais copropriétaires
    au même titre que les Québécois ou les Africains francophones, que le créole pouvait l'enrichir (je ne parle pas de l'insupportable mélange que font de nombreux journalistes et politiciens sur
    les antennes radiophoniques), qu'ils devaient le «&nbsp;dérespecter&nbsp;»... Pourtant, il n'était que de jeter un oeil au-dehors, par la vitre du bus, sur toutes sortes d'enseignes et d'annonces
    sur les murs, de phrases sur les tap taps, pour voir qu'ils le faisaient, et peu importe que ce soit par manque de maîtrise. Je me souviens de ce bus qui affirmait: «&nbsp;Contez sous
    Jésus&nbsp;», ce qui est du créole mais qui orthographié ainsi donne une phrase française assez originale et infidèle à la volonté qui la profère. Il y avait aussi: «&nbsp;L'âme qui perche, c'est
    elle qui périra&nbsp;». J'ai exploité ces phrases ailleurs.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Mais au fait, pourquoi se laisser aller au plaisir du créole quand il s'agissait de refourguer un
    manuel de français? D'une, je l'ai dit, parce qu'il emportait l'adhésion de son public, de deux, peut-être, parce qu'en émoustillant les voyageurs, spécialement les hommes, sur le chapitre des
    femmes non avares d'appas, il pouvait très bien leur rappeler combien le français est utile pour conter fleurette. Un diamant, une médaille qu'on porte fièrement, un bijou qu'on offre, voilà ce
    qu'est le français. Sachez manier la période, truffez-la de «&nbsp;roses&nbsp;», fourrez-la de «&nbsp;rayons de soleil&nbsp;», et c'est la belle que vous pourrez entrelarder. Et la langue n'en
    vit pas davantage, elle n'est ici, comme en trop d'autres contextes en Haïti, notamment pour d'autres conquêtes, qu'une coquille vide, une magie puissante certes, mais qui réside entièrement dans
    la forme.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Finalement notre homme est passé à la vente. Je ne pensais pas, malgré son talent, qu'il fasse
    vraiment recette; je me trompais. J'ai vu plusieurs personnes dans le bus sortir d'une poche ou d'un portefeuille les 25 gourdes nécessaires à l'obtention du trésor. Suis-je sûr du prix? Presque.
    Qu'importe. Ce qui est étonnant, c'est que parmi les clients, certains qui peinaient peut-être à conjuguer le verbe «&nbsp;avoir&nbsp;» au subjonctif apprendraient avec bonheur que si ce mode
    restait obligatoire suite à la locution «&nbsp;avant que&nbsp;», ils pourraient désormais s'en passer au profit de l'indicatif lorsqu'ils substitueraient «&nbsp;après&nbsp;» à
    «&nbsp;avant&nbsp;». Quel précieux avantage cela leur donnerait sur leurs voisins!</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Le professeur a quitté le bus. Bravo l'artiste. Il y avait là un homme digne d'inspirer une nouvelle,
    voire un roman, en lui donnant une histoire, des soucis de famille, une maîtresse claire de peau et embonpointée à souhait. Il s'acharnerait à vendre des diamants pour la couvrir de pacotille. Et
    puis il aurait un concurrent, autre professeur-camelot qui, constatant le succès de l'entreprise, viendrait chasser sur ses terres en proposant <em>Un Eclat de rubis</em>, ensemble de règles ou
    compilation de lettres d'amour à recopier, pourquoi pas <em>A piece of Diamond</em>, et nous voilà en pleine guerre entre le français et l'anglais... Cela me donne aussi l'idée, sachant tout ce
    qu'on peut apprendre, tout ce qui peut se passer lors d'un voyage en bus, qu'un nouveau genre pourrait naître. Comme il existe ce qu'on pourrait appeler le roman de bar, dont Mabanckou s'est fait
    une spécialité avec un certain bonheur (voir aussi Dongala), il pourrait y avoir le roman de bus, tous deux n'ayant rien à voir avec le roman de gare.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Ce diamant, qui figurait dessiné sur la couverture de l'ouvrage, m'inspire autre chose, il me
    rappelle un autre bijou, une perle dont l'aspect irrégulier a donné son nom à une tendance créative, le baroque, qui, s'il est illusoire de vouloir l'opposer radicalement au classique, ou de
    récuser l'un au nom de l'autre, emporte tout de même ma préférence. Je préfère le diamant brut au produit poli, le mégalithe au temple grec et j'aime la langue riche, libre, bancale, foisonnante
    et dérespectante.</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Comment terminer cette chronique? Pas par une affirmation aussi banale en tout cas. J'appelle à la
    barre et au secours Fernand Hibbert et son <em>Séna</em> publié en 1905. La scène a lieu à Paris où vivent quelques Haïtiens. Le sénateur Jean-Baptiste Rénélus Rorrotte, dit Séna, s'y trouve
    momentanément et pour la première fois. Je laisse à chacun le soin de voir en quoi ce passage peut illustrer l'anecdote et les remarques qui précèdent:</span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; Devant le théâtre du</em> <span style="font-style: normal;">Vaudeville</span> <em>, il entendit
    vociférer son nom par quatre individus qui couraient après lui.</em></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Rorrotte! Séna! Rénélus! Rénélus! Séna! Rorrotte!!!<br></span></em><span style=
    "font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; Il se retourna, c'étaient Porus, Philippe Auguste, Mentor Labbé et Sirius Neptune qui, de retour de l'</em><span style=
    "font-style: normal;">Olympia</span><em>, l'appelaient pour faire route avec lui.<br></em></span><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Deux sergents de ville
    s'approchèrent d'eux et les menacèrent de les emmener au poste pour tapage nocturne sur la voie publique, s'ils continuaient à crier ainsi.<br></span></em><em><span style=
    "font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Ils voulurent quand même faire comprendre aux agents qu'ils n'avaient pas fait de tapage, mais qu'ils s'étaient simplement contentés d'appeler
    leur ami, le sénateur Rorrotte, afin de rentrer tous ensemble à l'Hôtel. Au même instant, un homme coiffé d'un chapeau rond, passait dans une voiture découverte.<br></span></em><em><span style=
    "font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Philippe Auguste se précipita sur la voie en criant:<br></span></em><span style="font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; -
    Lacorne! Lacorne!</em> <span style="font-style: normal;">Banm' l'haussière</span><em>!<br></em></span><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Les agents empoignèrent
    Philippe Auguste qui protesta. «&nbsp;Vous rouspétez!&nbsp;» dirent les agents.<br></span></em><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Je ne rouspète pas, s'écria
    Philippe Auguste avec énergie, seulement, je proteste contre l'attentat dont je suis victime. Et je dis que jamais, entendez-vous, jamais dans mon pays on n'aurait arrêté un Français, ni qui que
    ce soit, parce qu'il aurait appelé un ami à haute voix. Et je m'étonne que sur la terre de liberté qu'est la France, de pareils actes de barbarie puissent se commettre! Je connais les lois,
    messieurs, je suis Magistrat dans mon pays, eh bien, je déclare attentatoire à la liberté individuelle, l'acte que vous commettez sur ma personne! Et j'ajoute que si un agent de police d'Haïti,
    se permettait d'empoigner un Français dans les conditions que vous venez de le faire vis-à-vis de moi, ce Français aurait fait une déclamation diplomatique, ah!
    ah!<br></span></em><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Des voix s'élevèrent dans la foule des badauds qui se rassemblait autour du
    groupe.<br></span></em><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Au moins, il n'a pas la langue dans la poche, le vieux nègre! disait une bonne
    femme.<br></span></em><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Et puis, il n'a rien fait, riposta un monsieur bien mis; si on l'emmène au commissariat de police,
    rendons-nous y tous ensemble et conspuons ceux qui veulent quand même déshonorer la France.</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; La foule grossissait. La circulation était arrêtée. Un service d'ordre
    s'organisait.</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Zut alors! dit un ouvrier, c'est y parce qu'il est nègre qu'on doive le
    houspiller!</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Si ç'avait été Rotschild, s'écria à son tour un jeune homme élégant, loin de le traiter ainsi,
    on lui eût léché les bottes!</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Les agents comprenant que de ces observations allait sortir une manifestation en règle,
    relâchèrent le vieux magistrat, en s'écriant: «&nbsp;Circulez! Circulez!&nbsp;»</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Mais Philippe Auguste qui n'avait pas froid aux yeux, profita de l'occasion pour placer un
    discours:</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; «&nbsp;Je remercie le peuple Français, s'écria-t-il, des marques de sympathie et d'intérêt qu'il
    vient de me témoigner, et je déclare hautement que je n'en attendais pas moins du peuple glorieux qui a promené le flambeau de la liberté et de la civilisation sur le monde entier! Imbu de ces
    sentiments, je déclare que c'est en vain, qu'au nom d'un prétendu</em> <span style="font-style: normal;">ordre de la rue</span><em>, des obscurantistes cherchent à fouler aux pieds les Droits de
    l'Homme solennellement proclamés par l'Immortelle Révolution Française, émancipatrice du genre humain! Et j'ajoute qu'on aura beau faire, la patrie des Mirabeau, des Danton, des Brissot, des
    Grégoire, des Lamartine, des Michelet, des Schoelcher et des Victor Hugo, rayonnera toujours sur le globe comme un phare géant aux lumières éternelles!&nbsp;»</em></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Ces paroles louangeuses lancées avec feu et conviction, émurent la foule. On applaudit avec
    ardeur - «&nbsp;Mais c'est qu'il s'exprime très bien, le vieux nègre!&nbsp;» disait-on.</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Ayant ainsi parlé, Philippe Auguste promenant sa mine rébarbative et impressionnante sur la
    foule, souleva son chapeau et salua avec majesté. «&nbsp;Bravo! Bravo!&nbsp;» criait-on sur toute la ligne. Entouré de Rorrotte, de Mentor, de Lacorne, de Porus et de Sirius Neptune, le vieux
    magistrat se disposa à remonter les boulevards pour regagner l'hôtel Bergère, mais la foule emportée par on ne sait quel mouvement spontané, emboîta le pas à la suite des Haïtiens, les enveloppa
    de toutes parts, et se mit à manifester pour de bon contre les sergents de ville, en chantant:</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez!</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez!</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><em>&nbsp;&nbsp; -</em> <span style="font-style: normal;">Tonnè</span><em>! Nous sommes
    terribles-</em><span style="font-style: normal;">oui</span><em>, nous autres Haïtiens, pensa Rorrotte avec délices, voilà que nous déchaînons peut-être une révolution en plein Pais à
    présent!</em></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Vous voyez, messieurs, dit Philippe Auguste avec orgueil, vous voyez! Mes compatriotes ne
    voudront jamais me croire quand je leur raconterai que Paris, la Ville Lumière, s'est levé comme un seul homme pour venger un passe-droit que voulaient m'infliger les Autorités. Heureusement,
    vous êtes témoins, mes amis!...</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; Et en lui-même, Philippe Auguste pensa: «&nbsp;Ah! si j'étais Français, comme je l'aurais
    conquis, tout de même, ce peuple!&nbsp;»</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; - Enfin, soupira-t-il, le coeur gros.</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">&nbsp;&nbsp; On ne tarda pas à arriver devant l'hôtel Bergère. Rorrotte le premier pénétra sous la porte
    cochère, prestement les autres Haïtiens le suivirent. Philippe Auguste, lui, demeura encore un instant sur le trottoir, salua une dernière fois les badauds qui continuaient tranquillement leur
    chemin. Bientôt ce fut à peine si l'on pouvait les entendre, dans le lointain, chantonner:</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: times new roman,times;"><br></span></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez!Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez les sergots</span></em></span>
  </p>
  <p style="margin-bottom: 0cm;" align="center">
    <span style="font-size: 14pt;"><em><span style="font-family: times new roman,times;">Conspuez!</span></em></span>
  </p>

  
  
  
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        &lt;!--
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        --&gt;
</style>]]></description>
        <pubDate>Sat, 04 Apr 2009 19:32:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">128a3508b6fd8793fa74b0d3e184ae23</guid>
                <category>chroniques de Quisqueya</category>        <comments>http://www.avel-blog.com/article-29867986-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Histoires de pieds]]></title>
        <link>http://www.avel-blog.com/article-26881935.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    &nbsp;&nbsp; <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">Il est difficile d’affirmer qu’on connaît un lieu si l’on n’y a pas marché. Durant mon séjour en
    Haïti, j’ai marché. Essentiellement à Jacmel, un peu à Port-au-Prince aussi, entre le portail Léogâne et Delmas ou Bourdon. En créole, une personne qui marche beaucoup peut, si je ne m’abuse,
    être appelée un «&nbsp;pye poudre&nbsp;» (pied poudré). C’est une expression intéressante à plusieurs titres. Tout d’abord parce qu’elle peut évoquer cette poussière dont les souliers des
    batteurs de chemins se couvrent notamment parce que de nombreuses voies ne sont pas (ou sont mal) asphaltées. L’état des routes est un des problèmes régulièrement cités lorsqu’on envisage les
    principaux obstacles au développement en Haïti, au point qu’apparemment le Président René Préval en a fait sa priorité dans son discours du 1<sup>er</sup> janvier. Encore faut-il, pour espérer
    que l’amélioration du réseau routier facilite l’activité commerciale, qu’il y ait des marchandises à transporter. Or celles-ci sont, pour la plupart, des denrées d’importation qui n’enrichissent
    que les intermédiaires, importateurs et grossistes. Préval pense-t-il plus particulièrement au tourisme&nbsp;? Il faut alors de bonnes routes, certes, mais aussi de l’eau, du courant, de la
    sécurité (ça va mieux sur ce point ces derniers temps, semble-t-il, souhaitons que cela dure), pourquoi pas des écoles hôtelières, et un départ des casques bleus.</span></span>
  </div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><br></span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;&nbsp; Mais revenons à nos pieds plutôt que de continuer à distiller des évidences décourageantes. Nos pieds
    poudrés, donc. De la poudre, de la terre sèche, mais de la terre quand même. «&nbsp;Pied poudré&nbsp;», «&nbsp;culs terreux&nbsp;», il s’agit certes d’un détournement du sens exact de
    l’expression, mais serait-il injurieux et foncièrement inapproprié de l’appliquer aux paysans&nbsp;? Attention danger&nbsp;: arrivent les insultes et les clichés, «&nbsp;kongo&nbsp;», «&nbsp;nèg
    nan mòn&nbsp;» (homme des montagnes), « fèk&nbsp;desann&nbsp;» (en gros, tout juste arrivé de sa campagne, pas encore dégrossi)&nbsp; d’un côté, vision idyllique façon <em>Gouverneurs de la
    rosée</em> de l’autre. Et justement, en fait de pieds, j’ai oublié une insulte&nbsp;: «&nbsp;gros souliers&nbsp;!&nbsp;» Le paysan porterait mal le soulier, ses pieds seraient plus à l’aise à
    même la terre. L’homme «&nbsp;civilisé&nbsp;», lui, porte chaussures sur revêtement dur, se préservant doublement du contact avec la terre. Bien. Où cela nous mène-t-il&nbsp;? Patience. Faisons
    un tour du côté de Cheikh Hamidou Kane et de son <em>Aventure ambiguë</em>. Celui qui parle dans l’extrait suivant, un Diallobé, est allé en France et en est revenu apparemment fou&nbsp;:
    «&nbsp;L’asphalte… Mon regard parcourait toute l’étendue et ne vit pas de limite à la pierre. Là-bas, la glace du feldspath, ici, le gris clair de la pierre, ce noir mat de l’asphalte. Nulle part
    la tendre mollesse d’une terre nue. Sur l’asphalte dur, mon oreille exacerbée, mes yeux avides guettèrent, vainement, le tendre surgissement d’un pied nu. Alentour, il n’y avait aucun pied. Sur
    la carapace dure, rien que le claquement d’un millier de coques dures. L’homme n’avait-il plus de pieds de chair&nbsp;? […] Cette vallée de pierre était parcourue, dans son axe, par un
    fantastique fleuve de mécaniques enragées. Jamais, autant que ce jour-là, les voitures automobiles – que je connaissais cependant – ne m’étaient apparues aussi souveraines et enragées, si
    sournoises bien qu’obéissantes encore. Sur le haut du pavé qu’elles tenaient pas un être humain qui marchât. Jamais je n’avais vu cela, maître des Diallobé. Là, devant moi, parmi une
    agglomération habitée, sur de grandes longueurs, il m’était donné de contempler une étendue parfaitement inhumaine, vide d’hommes. Imagines-tu cela, maître, au cœur même de la cité de l’homme,
    une étendue interdite à sa chair nue, interdite aux contacts alternés de ses deux pieds…&nbsp;»</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><br></span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;&nbsp; Beau texte, d’accord. Et alors&nbsp;? Il ne s’agit pas de s’attirer des sarcasmes de mauvaise foi
    tels ceux de Voltaire à l’encontre de l’état de nature décrit par Rousseau, mais de constater deux choses&nbsp;:</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-left: 18pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">que l’asphalte est associé à une certaine violence de la civilisation la plus férue de technique. En Haïti, un
    groupe musical ou un petit politicien prétendant à un mandat qui veulent affirmer leur suprématie sur la concurrence se disent les «&nbsp;maîtres du béton&nbsp;» (mèt beton an).</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="margin-left: 18pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">qu’il existe une expression dont le sens, quelque peu fouillé, nous ramènerait à ce texte&nbsp;: «&nbsp;avoir les
    pieds sur terre&nbsp;». Le sens figuré ne pourrait-il nous ramener au sens concret&nbsp;? La sagesse la plus pragmatique ne commande-t-elle pas de convenir qu’à jouer les apprentis-sorciers nous
    avons oublié la terre et que, même dépouillée de tout galimatias ésotérique auquel l’homme culturellement déconnecté du sacré ne peut que faire semblant de croire, elle représente
    l’essentiel&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;&nbsp; Préval veut de bonnes routes. Des voix s’élèvent pour dire que son discours n’est pas en prise sur le
    réel et que la priorité est la terre, celle qui déserte les montagnes conséquemment au déboisement, celle qui doit impérativement être cultivée et nourrir, avant tout ceux qui la
    foulent.</span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><br></span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;&nbsp; Tout ça pour ça&nbsp;? Eh bien oui. Le monde, pour survivre, a autant sinon plus besoin des pieds
    poudrés, même s’ils sont plus volontiers bottés que nus (je parle des pieds paysans) que de souliers vernis marteleurs d’asphalte, de carrelage ou de marbre. «&nbsp;Ne pas mettre la charrue avant
    les bœufs&nbsp;» est une autre expression non pédestre mais tout à fait appropriée ici. Aider les paysans à produire, à trouver de l’eau et la gérer au mieux, à organiser la vente, ceci associé à
    des politiques de contrôle de la natalité, voilà la priorité. Alors les routes seront bienvenues. Il ne faut pas rêver d’autosuffisance, mais abandonner définitivement la terre, c’est faire un
    trait sur une souveraineté déjà mise à mal et pourtant si chère aux Haïtiens. Petite devinette locale: "La veste de mon grand-père est déchirée, je ne peux la recoudre." Réponse: "La terre qui se
    fend".<br></span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><br></span></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">&nbsp;&nbsp; Quant à la qualité des godillots, elle importe peu. Un proverbe haïtien affirme que ceux-ci ne
    révèlent rien de celui qui les porte&nbsp;: «&nbsp;Se soulye sèl ki konnen si chosèt la gen tou&nbsp;» Seule la chaussure sait si la chaussette est trouée).</span></span>
  </div>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 17 Jan 2009 20:29:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">3df76ddc2bbaeddba3d090bd8f291eb6</guid>
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